Vous trouverez le rapport final des travaux menés dans la sous-commission n°1 du Réseau Français de la Microfinance sur le rôle des institutions de microfinance dans l’offre de produits spécifiques pour la valorisation de l’épargne des migrants.

Un point sur la méthode

Les IMF disposent d’avantages comparatifs en termes de proximité géographique et sociale pour proposer des services de transfert d’argent auprès des familles des migrants dans leur pays d’origine. Certaines d’entre elles, notamment en Afrique francophone, disposant de réseaux implantés dans les zones rurales et les quartiers urbains à forte concentration populaire, des capacités institutionnelles et systèmes d’information permettant une gestion rigoureuse des informations et des liquidités ont su mobiliser ces avantages comparatifs pour nouer des alliances stratégiques avec des banques franchisées par des sociétés de transfert d’argent et délivrer des services de transfert d’argent internationaux. Les membres de la sous-commission sur la « Valorisation de l’épargne des migrants pour le développement » du RFM ont, dans une optique de mobilisation de l’épargne des migrants au service du développement de leurs pays d’origine par le financement de leurs projets individuels, familiaux ou collectifs, centrer leur travail de capitalisation sur le rôle que peuvent jouer les IMF dans l’offre de produits financiers spécifiques au-delà des services de transfert stricto sensu. Pour ce faire, l’étude commanditée a procédé à une analyse de la demande des migrants pour ces produits, de l’offre existante au niveau des banques en France et des expériences internationales d’alliances entre banques, IMF et sociétés de paiement électroniques pour dégager les conditions de partenariats satisfaisant les exigences réglementaires et assurant la convergence des intérêts des acteurs pour le déploiement d’une gamme de produits. L’ étude s’est appuyée sur la littérature existante en France et à l’international, des entretiens auprès des représentants des migrants, des directeurs des IMF d’Afrique francophone, de responsables des départements migrants des banques françaises et de dirigeants de sociétés de paiement électronique.

Résumé exécutif :

Analyse de la demande : flux estimés, affectation des transferts d’argent et besoins spécifiques liés au cycle de vie des migrants. La France compte 5 millions d’immigrés dont près de la moitié proviennent de pays africains dont les ressortissants ont la plus forte propension à envoyer à leur famille de façon régulière une part importante leur revenu (jusqu’à 40% pour les primo arrivants) et ce, alors que l’infrastructure financière des pays d’origine est dans bien des cas défaillante favorisant d’autant les canaux informels. Aux difficultés de quantification exacte de la population de migrants effectuant des transferts (migrants de seconde génération, population en situation irrégulière) se superposent les difficultés d’estimation des flux réels par les méthodes conventionnelles (balance des paiements) ce qui conduit non seulement à largement sous-estimer les montants réellement envoyés mais prive également les opérateurs commerciaux d’informations stratégiques quant à l’identification des flux et des canaux utilisés par corridors. Ainsi, en intégrant les flux informels, le montant cumulé des transferts de migrant des principales diasporas en France s’élèverait à 8 milliards d’euros par an soit le double de flux recensés à travers la balance des paiements. L’analyse de l’affectation des transferts de fonds basée sur le cycle de vie des migrants de première génération qui ont le comportement de transfert le plus systématique fait apparaître une évolution des besoins. Les années d’arrivée sont marquées par un souci d’envoyer rapidement de l’argent aux membres de la famille restés au pays (financement des dépenses courantes, de santé et d’éducation), tandis que l’évolution du statut social, familial et économique font progressivement apparaître un besoin de constitution d’une épargne de précaution dans le pays d’origine (pour faire face à un imprévu, saisir une opportunité économique ou financer un voyage) et d’un capital pour l’acquisition d’un bien immobilier ou la création d’une activité économique -avec un souci plus prégnant du financement des conditions du retour même s’il ne se concrétise pas. Il existe donc une diversification de la demande avec une entrée davantage centrée sur une logique familiale et le recours à l’informel ou aux sociétés de transfert rapide en début de cycle suivi d’une évolution vers une logique plus individualiste orientée vers l’investissement productif faisant appel à des produits plus évolués d’épargne et de crédit habitat, et bien, que rarement effectif, d’assurance santé.

L’offre des banques : une dynamique portée par les filiales étrangères relayée par les banques françaises aboutissant à l’offre d’un package complet sur les marchés matures

Sous l’impulsion des banques marocaines implantées en France (et d’une politique d’incitation des autorités marocaines pour drainer l’épargne des migrants depuis plusieurs décennie), une offre spécifique s’est développée sur ce corridor aboutissant au développement d’un package de produits spécifiques au sein duquel le transfert d’argent et le crédit habitat constituent des produits d’appel à côté de produits et services caractéristiques tels que l’assurance rapatriement de corps et la gestion des opérations à distance. Les banques à « double enseigne » font jouer à plein leur implantation sur les deux espaces pour développer une relation client permettant de concilier la dichotomie spatiale et de lever les contraintes du risque de crédit en particulier pour le financement de l’habitat (mobilisation d’hypothèque dans le pays d’acquisition d’origine/mobilisation de capacité de remboursement dans le pays d’accueil). L’analyse d’autres expériences de produits dédiés aux migrants fait apparaître les caractéristiques suivantes : développement d’une interface commerciale dans le pays d’accueil, constitution d’un historique d’épargne (ou de transfert) avec le migrant comme préalable à l’octroi de crédit, mobilisation de garantie tangible dans le pays d’origine (recours à un cautionnaire local et de nantissement de biens matériels). Dans l’ensemble des cas, l’ouverture d’un compte (ou d’un double compte dans le cas des banques à double enseigne) dans le pays d’origine est un pré-requis. Le transfert à coût réduit constitue un produit d’appel et le crédit habitat, une incitation à l’épargne à moyen terme.

Enjeux et opportunités pour les IMF : élaborer des alliances stratégiques et adopter une approche séquencée de la mise en place de services de transfert jusqu’à l’offre d’un ensemble de produits

Sur les marchés de niches (là où l’offre et l’implantation bancaires restent faibles) certaines IMF, en particulier celles qui ont déjà mis en place des services de transfert et se sont familiarisées avec ce marché, voient dans la mise en place de produits spécifiques une opportunité de diversifier leurs sources de revenus (crédits) et d’accéder à une source de financement à moyen terme à coût réduit (épargne des migrants). Pour ce faire elles doivent constituer des alliances avec des banques et des sociétés de paiement qui satisfassent non seulement les contraintes des réglementations de change (les IMF ne sont pas autoriser à effectuer directement des opérations internationales dans certains zones géographiques) mais celles relatives aux lois anti-blanchiment et de lutte contre le financement du terrorisme (l’ensemble des acteurs impliqués doivent assurer la traçabilité des opérations et l’identification des clients). D’un point de vue opérationnel, les IMF doivent créer une interface client dans le pays d’accueil permettant l’ouverture de compte à distance et l’instauration d’une relation de proximité avec la clientèle et de façon plus large, développer un dispositif qui permette une continuité dans la relation client (suivi des opérations à distance, référent identifié dans le pays d’origine). Enfin, le développement de produit d’appel comme le crédit d’habitat (ou la micro-assurance santé) constitue un nouveau métier pour la plupart des IMF.

Le développement des sociétés de paiement basées sur les nouvelles technologies appliquées à la monétique (cartes prépayées, mobile banking) constitue une opportunité pour assurer l’interface entre les IMF, les banques et les clients en effectuant la transformation des espèces en monnaie électronique et en assurant le transfert des informations à moindre coût, avec plus de commodité pour le client tout en respectant les exigences réglementaires. L’adoption en France, au plus tard en novembre 2009, de la directive européenne sur les services de paiement qui va instaurer une nouvelle catégorie d’établissement habilités à effectuer des opérations de transfert d’argent pour un capital minimum de 20 000 euros et 50 000 euros pour les paiements effectués par l’intermédiaire d’un opérateur de réseau téléphonique ou numérique va ouvrir de nouvelles alternatives.

Cette étude a permis d’établir de propositions d’actions favorisant le développement d’une offre de produits plus importantes pour les investissements productifs des migrants dans leur pays d’origine :

N°1 : Analyse du cadre et des options réglementaires pour des IMF souhaitant proposer une offre de produits spécifiques aux migrants en France

• N°2 : Etude de marché pour l’établissement de partenariats entre banques françaises, IMF et prestataires de cartes prépayées ou de paiement par portable dans les pays d’origine des migrants.

• N°3 : Etude de marché et de faisabilité pour la mise en œuvre de produits spécifiques par les CVECA de Kayes et de Yélimane (corridor France-Mali).

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Présentation de Frédéric PONSOT, RFM_SC1
Lors de la réunion plénière de restitution des travaux du RFM pour l’année 2007 au Ministère des Affaires étrangères et européennes, le 30.01.08.
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Rapport du RFM_sous-commission n°1
"Le rôle des Institutions de microfinance dans l’offre de produits spécifiques pour les migrants"

Je tenais à remercier personnellement tous les membres de cette sous-commission avec qui nous avons travaillé cette année 2007, pour leur participation active, leurs éclairages en fonction de leurs spécificités à chacun et leur motivation à passer aujourd’hui de ’l’étude à l’action’. Merci !